De l'écrit (introduction)

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Il y a des moments où différents fils s'entremêlent, forment des nœuds, des « attracteurs ».

C'est souvent un signe que des choses sont dans l'air, que des réflexions émergent à droite et à gauche. Ces derniers temps, il se trouve que j'ai lu ou entendu plusieurs sources qui me semblent converger. Chronologiquement, il s'agit de « Tristano meurt », un roman récent d'Antonio Tabucchi, de la « Pharmacie de Platon » l'essai initiateur de Derrida et des séminaires récents de Bernard Stiegler sur les vertus pharmacologiques des réseaux sociaux (je schématise brutalement), réflexion manifestement rattachée aux écrits de Foucault et Derrida. A tous ces éléments, on pourrait ajouter « l'affaire Fuzz » -- ou plus exactement l'affaire O. Martinez -- qui vient mettre en évidence le rôle particulier des algorithmes dans nos nouveaux modes de communication.

Tous ces éléments du débat viennent finalement relancer, sous une nouvelle forme, la question de la dialectique de l'écrit et de l'oral, déjà introduite dans le « Phèdre » et qui est le sujet de l'essai de Derrida. J'aimerais, dans une série à venir, commenter et étudier ces questions car il me semble qu'Internet introduit effectivement de nouvelles dimensions dans le statut de l'écrit. Pour aller vite, je dirais que j'en vois deux manifestes, qui sont la dimension temporelle (le texte n'est plus gravé dans le marbre, si j'ose dire) et la dimension rhizomatique (le texte tend à devenir à un agrégat de « tags » qui se renvoient les uns aux autres).

Ces phénomènes ne sont pas nouveaux en soi (ça me rappelle un cours de B. Stiegler à l'UTC sur « La chambre claire » de Barthes et la question de la transgression, transgression que l'on retrouve aussi dans l'électroacoustique), mais Internet a, d'une part étendu leur action à des nouveaux champs intellectuels, et d'autre part accentué démesurément leur pouvoir.

C'est ainsi que l'on a vu reprendre un peu partout la notion de mème (formulation un peu étrange si l'on y songe), dérivée des travaux de Dennett et Minsky en sciences cognitives, et appliquée à la diffusion des idées sur le réseau. Le mème, de représentation (mentale ?), se transforme en sujet, tag par excellence, qui se propage (viralement) à travers le réseau et devient l'objet de la manipulation possible par les algorithmes des différents moteurs. C'est ainsi que la rumeur autour d'Olivier Martinez a pu devenir un mème (par le biais de Fuzz) provoquer la réaction judiciaire.

S'il est bon de porter un regard critique sur ces questions (je ne parle pas ici de Virillio ou de Finkielkraut), c'est justement à cause de cette question du « pharmakon », ce qui est à la fois la source de la vie et de la mort, à l'instar du poison ou du feu.

A suivre...

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À propos de cette note

Cette page contient une unique note de Michel Cadennes publiée le 12 avril 2008 13h58.

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