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un pouvoir irréel

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Lu il y a quleques jours, dans la très belle exposition, désormais close, consacrée à William Kentridge au Jeu de Paume (de mémoire) :

  • Boukharine : Si vous saviez combien il est difficile pour moi de mourir.
  • Staline : Et toi, pense à nous qui devons continuer à vivre.

La scène se passe en plein plenum du Comité Cenral du Parti Communiste, en février 1937, alors que Boukharine, tombé en disgrâce, est exclu du Parti puis condamné à mort (il dit à un moment qu'il refusera de se suicider).

Est-ce de la politique ? Est-ce du théâtre ? Du roman noir ? Staline comme « plagiaire par anticipation » de Scorsese, l'idée est séduisante...

La férocité du monde politique, habituellement feutrée et « entre soi », se révèle ici de manière décomplexée -- mot désormais très à la mode. Staline peut se permettre de brocarder un condamné, figure éminente de la Révolution, comme d'autres la Princesse de Clèves ou le « bronzage » d'Obama.

Car comme le dit Paul Valéry, il y a un caractère commun au pouvoir et à l'argent. C'est que leur désir ne connaît pas de limite. En effet, écrit-il :

« [...] nul ne convoite une puissance défnie [...]. [C]'est l'idée de l'abus de pouvoir qui fait songer si intimement au pouvoir » (in Tel Quel, Cahier B)

Combien en voyons l'illustration aujourd'hui ! Ces figures de parrains...

Vient à être réédité un débat organisé par le MAUSS autour de Castoriadis, peu avant sa mort. "Casto", en grand penseur du désabusement (ou du décillement) qu'il a été, le soulignait :

« [...] la pente naturelle des sociétés humaines n'est pas la démocratie. La tendance naturelle est l'hétéronomie, c'est-à-dire de chercher en dehors de l'activité humaine l'origine du sens [...] »

N'est-il pas étonnant que le culte du génie se soit développé si parallèlement à l'émergence des Lumières ? Comme si le fourmillement des intelligences individuelles devait être balancé -- voire annihilé -- par la certitude d' « intelligences infinies » en quelque sorte, amers face à l'immensité de la pensée.

La figure du génie scientifique, qui devait faire de l'an 2000 un nouveau paradis, a vécu. Qui croire désormais dans la désillusion d'un scientisme de masse qui nous menace de l'enfer ? La grande industrie -- après-tout -- n'est qu'une séquence historique.

Le colon fait l'histoire et sait qu'il la fait. Et parce qu'il se réfère constamment à l'histoire de sa métropole, il indique en clair qu'il est ici le prolongement de cette métropole. L'histoire qu'il écrit n'est donc pas l'histoire du pays qu'il dépouille mais l'histoire de sa nation en ce quelle écume, viole et affame. L'immobilité à laquelle est condamnée le colonisé ne peut être remise en question que si le colonisé décide de mettre un terme à l'histoire de la colonisation, à l'histoire du pillage pour faire exister l'histoire de la nation, l'histoire de la décolonisation.

Lu dans « Les damnés de la terre » de Frantz Fanon (La Découverte -- p.53), ouvrage paru en 1961, et qui par avance (36 ans !), réfutait les propos de S* à Dakar.

Ouvrage remarquable s'il en est, qui analyse le caractère inéluctable de la violence de la décolonisation, et en premier lieu la violence symbolique (Fanon était psychiatre). Arrive en effet un point où le colonisé ne peut plus cohabiter avec celui qui le nie et se sépare de lui grâce aux outils de la répression policière, le colon. Le rêve du colonisé n'est pas d'être l'égal du colon mais de remplacer le colon. Et ceci ne peut se faire que par l'élimination de ce dernier.

Beau texte où le désir de la libération des peuples se mêle souvent à une lucidité sur le cycle de la violence, la démagogie et le populisme, la récupération par les mouvments nationaux, le maintien du système colonial par marionnettes interposées (M'Ba au Gabon, dit-il). On est très loin d'un texte d'idéologie révolutionnaire. Au contraire, on pénètre au cœur du mécanisme du mépris, qui est encore à l'œuvre aujourd'hui comme l'a si brillamment montré H. Guaino, l'année dernière.

Le plus inquiétant est le parallèle que l'on peut faire facilement (et peut-être un peu rapidement, j'en conviens) avec la croissance des inégalités. Les colonisés sont aujourd'hui au sein même de nos cités. Et ils ne sont souvent même plus étrangers. ils retent néanmoins colonisés parce qu'on les confine à un statut de « racaille », qu'ils n'ont pour seul droits que de travailler et de consommer et pour seul rêve d'être à la place des vedettes.

On comprend mieux, à lire ce livre, le discours sur la violence et l'« orientation dans la pensée » d'un Badiou. Et la bêtise aveugle, à terme, d'une politique de citadelle en Europe.

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