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Soleil sur Paris. Envie de marcher après des journées -- et des nuits -- attachées à un projet. De la rue Charonne, quelques secondes d'hésitations, appuyé sur les orteils. Et la descente souvent faite et refaite, par Bastille, la Seine, direction Saint-Germain.

C'est l'heure de flânerie après une grande réunion de travail. Jeter des coups d'œil dans les cours ouvrières ; regards à la dérobée par le portail ouvert sur la cour ovale de l'hôtel de Beauvais, rue François Miron.

Et dans une autre cour de la rue Saint-André-des-Arts, une affiche d'exposition : Malévitch + Morellet. Sans me douter que j'allais y croiser un troisième personnage, familer de mon Panthéon personnel : Alphonse Allais.

Ce qui rend Allais si particulier -- et de fait assez proche de la 'pataphysique -- c'est que son esprit scientifique (il était chimiste) le pousse à trouver des « solutions imaginaires » à des problèmes absurdes (ou pas) avec une intuition qui force l'admiration.

A une époque où les chercheurs pensent à utiliser l'électricité statique du corps humain et les trépidations de marcheurs comme sources énergétiques (et à l'heure d'« Improbable Research ), on retiendra avec émotion qu'il y a plus d'un siècle déjà, le congénère d'Erik Satie proposait de ne plus utiliser de charbon pour chauffer l'eau des machines à vapeur, mais de disposer dans les compartiments des bassines où les voyageurs seraient invités à tremper les pieds, afin de dispenser la chaleur de leurs corps -- et de surcroît maintenir leur hygiène ! Ecologiste avant l'heure, avec ça...

Dans un autre conte, il propose de rendre les funérailles plus gaies en transformant les cadavres en feux d'artifices par extraction du salpêtre contenu dans l'organisme.

Première communion de jeunes filles chlorotiques par temps de neige, par Alphonse Allais

Devant le nom MALEVITCH, je me souviens que le véritable inventeur (découvreur ?) du monochrome n'est pas le suprématiste de Kiev, mais le dilettante -- voire fumiste -- Allais qui s'intronise pour l'occasion peintre monochroïdal. Et que contrairement à l'adage marxien, la parodie dans l'Histoire précède ici le coup de tonnerre de l'événement.

Aliais n'est pas seul à avoir l'idée, bien entendu, mais « L'album primo-avrilesque » est bien la rencontre du burlesque hydropathe et du formalisme allaisien, qui lui donne une autre dimension. L'album est d'ailleurs complété par une partition vierge initulée « Marche funèbre pour les funérailles d'un grand homme sourd »... parce que les grandes douleurs sont muettes (sic !). Les adorateurs de John Cage (dont je suis) apprécieront.

Or que vois-je hier ? A côté d'un parallélogramme ("Quadrilatère") noir sur fond blanc extraordinairement vibrant, le dessin d'un fin rectangle noir portant la mention « Bagarre sur le boulevard », rappel en retour et en négatif du « Combat de nègres dans une cave, pendant la nuit ». qui n'est pas réellement d'Allais, au reste, mais de Paul Bihaud.

Allais fat un signe à Malévich, qui lui répond. Le public rit du premier et se scandalisa du second, sans voir ce qu'il y avait de conceptuel chez le conteur et de drôlatique chez l'artiste.

Etonnant, non ?

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